Home / mes petites aventures / Ma diagonale des fous – Trail de 167 km, 9700 m D+

Ma diagonale des fous – Trail de 167 km, 9700 m D+

course-cilaos

Après une année plutôt tournée raid et triathlon, j’avais prévu de la terminer avec du trail. Mais pas n’importe lequel. Ca fait bien 4 ans que je rêvais de faire la diagonale des fous. Alors je me suis préparée sur un fond d’entraînement triathlon et raids jusqu’en août, beaucoup de repos entre août et septembre pour me remettre de mes blessures et être sûre de prendre le départ sans problème, et avec 6 semaines de vrais entraînements trail en septembre octobre. J’aborde la course avec un peu d’appréhension, car mon plus grand trail est de 98 km, et il date de 2011…

 

Avant la course

Arrivée le mercredi matin pour un départ le jeudi, on ne peut pas dire que je prenne beaucoup d’avance. Mais c’est bien suffisant equipe-support-j0pour aller chercher le dossard dès l’arrivée à l’aéroport. Je m’étais dit que j’aurais le temps d’étudier le parcours avant, et de me reposer aussi. Mais finalement, 1,5 jour pour aller chercher les dossards, et préparer le matériel des transitions ainsi que la nourriture, ça fait un peu light. Je réussis quand même à caler un petit footing (30 min avec gammes et accélérations) le matin de la course, histoire de réveiller mes muscles après l’avion, ainsi qu’une sieste l’après midi. Le départ de la course est à 22h00.

J’ai la chance de pouvoir compter sur le support de Benjamin et mes parents pendant la course, mais aussi de l’assistance Dalons des Cîmes de GTOI, qui seront présents sur plusieurs ravitaillements de la course. Pour se caler avant, je rencontre Jean Pascal de Dalons des Cîmes la veille au soir. Il a déjà fait 9 grands raids, alors il nous donne tous les bons plans pour faire l’assistance, et aussi me décrit le parcours ce qui me servira pour gérer ma course. Ce qui est compliqué pour l’assistance, c’est que je n’ai aucune notion des horaires de passage que je pourrai avoir car je ne sais pas estimer un temps sur ce parcours que je ne connais pas, et vu que je n’ai jamais fait ce genre de course non plus.. (enfin si, je leur dis entre 40h et 50h..mais ça reste peu précis !)

 

 Jour J : jeudi 20 octobre

Le départ est à 22h00 mais il faut rentrer dans l’aire de départ avant.. comme je n’y connais pas grand-chose, je me mets dans un endroit à l’abris du vent et p1080105j’attends. Du coup de l’autre côté, les raideurs s’agglutinent, car ça doit être l’entrée pour le sas de départ. Autant dire que quand je commence à m’y rendre il n’y a pas grand monde derrière moi ! Quand le sas ouvre, il ne fait pas bon être petite autour de plein de raideurs surexcités par ce grand raid, mes pieds ne touchent plus le sol.. J’arrive quand même à me faufiler à une place pas trop loin derrière, car je n’ai pas très envie de commencer le grand raid dans les bouchons. Et JP m’a parlé des premiers bouchons de Domaine Vidot km 14. En gros il faut essayer de remonter le plus de places avant.

Le départ est donné. C’est vrai que l’ambiance est incroyable. Elle le sera pas seulement sur Saint Pierre, mais dans tous les villages traversés, sur les chemins, etc… de cette première nuit. La première partie varie avec des routes et des chemins dans les plantations. J’essaie de garder un petit rythme constant pour remonter le maximum de coureurs avant le premier single. Avant d’arriver au premier ravito, une dame me dit que je suis 15e femme.. et là je me dis que soit j’ai dû aller trop vite pour le début, soit elle se trompe. En tout cas je préfère ne pas trop m’attarder sur ces informations car mon principal objectif est de le finir, et je sais que si je commence à raisonner classement, je ne vais peut-être pas assez écouter mon corps. Finalement, je n’aurais pas trop de bouchons dans les premiers singles, je me dis que j’ai dû remonter suffisamment. Par contre on est tous serrés, et le rythme est assez rapide. Ce sont déjà des côtes très pentues et des grandes marches. Comme je ne suis pas bien grande, l’effort pour monter sur chaque marche est compliqué. Pendant 35 km jusque Piton Sec, ce sera essentiellement de la montée, puis de la descente roulante avant de continuer à monter jusqu’au Piton Textor au bout de 6h00 de course.

Jusque Cilaos –  km 67

Commence la première « vraie » descente, qui est bien trop technique pour moi. Je n’arrive pas du tout à courir là dedans, il y a des cailloux et des racines de p1080124partout. Je me fais doubler par des groupes de cabris, et même en essayant de les imiter, le résultat est peu concluant… Je vais essayer d’être patiente jusque Mare à Boue.. assistance GTOI avec Jean Pascal, j’en profite pour changer mes chaussettes, enlever ma lampe frontale, recharger en eau et manger 2 patates et un œuf pour la route. Jean Pascal me dit qu’il a préparé de la tartiflette pour Plan des Merles (c’est dans 40 km encore… ), je le note  dans un petit coin de ma tête ! Je reprends le parcours direction Cilaos, où m’attendent mes parents et Benjamin, avec des chaussures de rechange, etc… mais avant, cette partie pour rentrer dans le cirque de Cilaos ne me convient pas du tout. Je le trouve plutôt interminable et je me dis que si il reste encore plus de 100 km comme ça : ça va être tellement long et vraiment pas fun. Je me fais dépasser par quelques coureurs. Je me dis que j’ai dû partir sur un rythme un peu trop élevé pour moi pour éviter les bouchons, et que maintenant je peux essayer de récupérer. La descente vers Cilaos est encore plus technique que les premières. Je récupère 2 non réunionais qui descendent comme moi, dont Christelle la Toulonnaise avec qui je vais faire un petit bout de la course.

On discute et on laisse passer régulièrement les canus qui déboulent dans la descente. Je me dis qu’ils ne doivent pas avoir les mêmes genoux que nous. On arrive finalement à la Mare à Joseph, puis 4 km après à Cilaos. Je retrouve mon team support qui me soigne mes ampoules. Je me change rapidement et je mange un peu de quinoa. On remplit les bidons avec 1/3 de jus de raisin , 2/3 d’eau (c’est ma boisson magique ) et je repars pour le Taïbit. Je ne le saurai qu’à l’arrivée mais je suis à ce moment 300e au scratch.. Inimaginable pour moi ! mais ce n’est que le début.

p1080131

du Taïbit au Maïdo- km 115- la partie la plus dure

La petite pause m’a fait un bien fou. Je repars presque neuve. Par contre, dans le Taïbit c’est une autre histoire, les marches énormes et la chaleur me calment rapidement. La montée est assez interminable. J’imagine arriver bientôt et je demande à un randonneur du coin. Il me dit oui oui c’est presque le haut, 45 / 50 min.. ok je vais être patiente donc. Je me rassure en voyant que sur les côtés de chemins pas mal de coureurs s’arrêtent faire des pauses. Je ne suis pas la seule à souffrir ! Arrivée en haut, c’est vraiment très beau. Et ce sera la première fois que je profiterai de la descente. J’ai presque compris comment il fallait descendre dans ces chemins, et ça marche pas mal ! Arrivée à Marla je m’arrête manger un peu car je n’arrive pas vraiment à m’alimenter pendant la course, puis c’est reparti, direction la tartiflette à Plaine des Merles ! Une question était de savoir si je pourrai faire Mafate de jour, et finalement, oui complètement, et ça c’est sympa ! Après une dernier col (le col des Bœufs, on arrive à la descente vers le Ravitaillement GTOI), un peu plein les jambes. Et mes douleurs tendineuses des genoux commencent à se faire sentir, même si c’est bien plus tard que d’habitude.

p1080151Là on m’amène sur une chaise, et c’est incroyable comment ils sont aux petits soins. J’ai le droit à un massage, de la tartiflette, ils s’occupent de mes bidons etc.. je redemande à Jean Pascal combien de temps pour le Maido ? 10h00 ? oulala que c’est interminable cette histoire. Finalement je repars, je n’ai pas du tout l’impression d’avoir déjà couru 90 km..Je repars je suis tellement bien ! Je n’ai plus mal aux genoux, je repars sur de la descente agréable et sans cailloux, et avec de la musique. Alors que je courrai depuis le début avec presque toujours les mêmes coureurs, je commence à les doubler dans la descente, plutôt rapidement, et même dans les endroits techniques qui au début ne me plaisaient pas du tout. Là je m’amuse vraiment, et je suis impressionnée par la vitesse à laquelle je peux aller à ce moment de la course, et je ne me freine pas du tout. Le sentier scout nous offre des paysages incroyables, en passant sur des crêtes, des vues sur Mafate dégagées.. Je croise des randonneurs qui me disent qu’on dirait que je viens de commencer le raid. Je leur explique que j’ai eu un combo massage tartiflette ce qui se fait de mieux ! Et plus je vais vite maintenant, plus l’arrivée approche.. Je sais bien que je risque de le payer un peu plus tard dans la course, au niveau de l’énergie mais aussi au niveau de mes genoux, mais pour le moment je préfère profiter. Et je me dis que ça me permet de gagner du temps sur les montées où je m’imagine moins performante que les autres. Je double des gens que je n’avais encore jamais vus, par grappes, et je double même les 4 filles devant moi… elles ont l’air vraiment fortes, et je me dis que c’est peut-être pas poli, mais bon j’imagine bien qu’elles me rattraperont dans la montée, et que de toutes façons moi je cherche seulement à finir ce fameux raid, je ne suis pas vraiment dans la compet…

Au bout de 100km, on se rapproche du Maïdo. Je m’arrête au ravito pour un rapide massage, et recharger mes bidons. Un bénévole vient me voir pour me dire que je suis 10e fille.. Oui merci mais peu importe, j’essaie déjà de le finir ! oui mais c’est la classe  un top 10 femme quand même ! oui oui enfin bon on verra !

Je repars assez rapidement pour aller voir ce fameux Maïdo qui se monte en 2 temps. Je l’attaque à la tombée de la nuit. On voit bien que le vide n’est pas loin du chemin. Dans la première montée je m’arrête aider un réunionais qui ne se sent pas bien. Il doit vomir et n’arrive plus à manger. Je lui file un médoc et ça repart. Je suis encore bien dans le rythme, au ravito de Roche Plate je m’arrête uniquement pour recharger mes bidons. J’ai dû passer quelques coureurs comme ça car en haut du Maïdo je ne serai plus que 120e. J’ai hâte de retrouver mes parents et Benjamin en haut du Maïdo. Les lumières des coureurs avant moi sont tellement hautes j’ai du mal à imaginer qu’on puisse monter aussi haut. Et zut, j’avais dit à Alice que je passerai au Maïdo le lendemain entre 9h00 et 15h00… il va être 21h30 à mon passage là haut. J’étais vraiment nulle pour l’estimation ! Effectivement le sentier est pentu, très pentu. Et Benjamin m’avait dit qu’il viendrait à ma p1080141rencontrep1080143 vers la moitié.. il n’est toujours pas là, j’ai toujours pas fait la moitié.. c’est long ! bon finalement je le retrouve, il me reste un tiers. On entend les encouragements qui viennent du haut mais c’est encore bien loin.. jusqu’à ce que j’y arrive enfin ! je finis avec des crampes aux cuisses, choses qui  ne m’arrive jamais. Mais vu la hauteur des marches, ce n’est pas bien étonnant. J’ai le ravito GTOI juste au sommet. Je ne change pas grand-chose, j’ai juste besoin de salé. Je demande à mon papa du thé, mais il fallait qu’il soit déjà fait.. du raisin, avec du sel dedans. Si si.. .c’est très mauvais.. Je repars pour les retrouver à Sans soucis, à partir de maintenant je vais pouvoir les voir plus souvent et ça c’est bien pour la tête. Parce qu’on dit qu’après le Maïdo, on a fait le plus dur. Mais la fin est tellement longue aussi !

En fait il reste des km.. Sans Soucis – Grande Chaloupe. km 153

Dans la descente, je me prends une belle boîte, je m’arrête quelques fois car ma lampe me fait des blagues. Et le chemin est bien long pour arriver au poste de Sans Souci, et je suis plutôt seule. Juste avant d’arriver, on me dit que la féminine est 2e min devant. Oui mais quand même je vais m’arrêter là dans ma remontée incroyable. Déjà si je peux conserver ma place c’est bien beau !

p1080146A Sans Soucis je demande les kinés, et hop la fille à qui je demande est une kiné, et en plus elle est super sympa (elle s’appelle Céline ! ). Elle s’occupe de moi avec sa collègue, et on serait bien parties à discuter toute la nuit s’il ne fallait pas y aller. Je trouve une petite assiette de lentilles à manger, et je repars pour les 39 derniers km. Mais en fait il reste aussi plein de dénivelé.. mais ça on ne me l’avait pas dit ! Entre temps on nous fait passer dans des chemins qu’il faut escalader avec des cordes, etc… niveaux crampes et muscles on est au top ! et c’est pas comme ça que les km vont passer vite.. Enfin la Possession. Une dame m’attendait pile au bon moment alors que mes parents et Benjamin tentaient de dormir. Et oui ils m’ont laissé en 120 e position au Maïdo, je suis maintenant à la 95e. Un petit massage, 3 grains de quinoa et c’est reparti. Benjamin va faire le même chemin mais pas trop avec moi car on n’a pas le droit d’être suivi. Et clairement je n’ai pas envie de me prendre une heure de pénalité alors que c’est tellement long 1 heure ! Au final il fera la portion du chemin des Anglais. C’était la pire portion du raid pour moi. C’était tellement nul et sans intérêt ! des cailloux de partout, même dans la descente on ne peut pas courir.. et en plus à ce moment de la course, je me dis aussi que j’aimerais bien ne pas me faire doubler ce qui me met un peu de pression, et de stress pour cette fin de course. Bon je dis ça c’est aussi la fatigue..

Dernière ligne « droite » ?  la montée du Colorado

course-grande-chaloupeDernière fois que je vois mon team avant le stade, moi il me reste encore 1150 m de dénivelé pour aller jusqu’au Colorado, et il fait jour maintenant. Je commence la montée avec un autre coureur, qui me dit qu’il pense être dans les 90 premiers. Je trouve ça plutôt incroyable, car je n’ai aucune idée des classements, je vois juste qu’il y a beaucoup moins de densité qu’au début. Il ira plus vite que moi, surtout dans cette montée je n’avais plus rien à boire de sympa, ni rien à manger (j’ai dû mettre 30 min à mâcher la moitié d’un sandwich pain au lait saumon… ). Une montée interminable, mais c’est la dernière. Je ne cesse de regarder derrière moi car se faire reprendre de 2 min à 1h00 de l’arrivée c’est quand même ballot. Au final j’arrive enfin à Colorado, je me prends une gourde d’eau plate dont je rêvais depuis le début de la montée, et une gourde de Coca parce que je ne peux plus rien manger. Et 58 min plus tard, j’arrive à la civilisation. Un supporter me dit qu’il ne me reste plus que 400 m et que je vais faire moins de 35h00.. mais surtout que je vais arriver au stade de La Redoute et finir le Grand Raid !

Alors oui l’arrivée c’est fort sympathique, et ça fait du bien parce que c’était tellement long ! mais après ? après on ne vous dit pas que c’est impossible de marcher plus vite qu’une tortue à cause des courbatures qui se réveillent, qu’on tombe malade car complètement fatiguée, et que les tendinites qui m’ont globalement laissées tranquille se réveillent ? Et là c’est quand même compliqué. Les assistants m’ont assistée jusqu’au bout..

J’ai quand même couru pendant 34 h59, démarré au premier ravito à la 383e place, pour terminer à la 89e.

Et faire un top 10 femme (9e pour être précise), plus un podium senior femme.. qui l’eût cru ?

Sans doute pas moi, ni mon coach Yves Cayambes sport à qui j’ai donné du fil à retordre entre mes raids, mes blessures, etc.. pour faire du spécifique trail. Comme il dit, « si t’étais pas lucie j’aurai pris 6 mois pour faire cette prépa .. » bon on a réussi à prendre 6 semaines quand même ! et je vais prendre au moins tout ça de repos maintenant !

soleil

6 comments

  • Tu es FABULEUSE! Magnifique discours! Merci d’avoir partagé cette course que l’on aura jamais le courage de faire…on était à tes côtés ( la fatigue en moins:) ! BRAVO! Nathalie (de Triathlaix)

  • Bravo Lucie pour ce super compte rendu…Tu m’as fait voyager ! Tu relates parfaitement tes émotions, les moments de partage avec la famille et les bénévoles…Mais pourtant ça ne donne pas trop envie :) Dans tout ça, je dirai que le plus étonnant est de pouvoir avaler une SANDWICH PAIN AU LAIT SAUMON ->>> faudra que tu m’expliques ton secret !! Bonne récup championne

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *